Jean-Marie Rousseau et la Savate en Chine
Écrit par Julie   
lausanne_jmr_thumb.jpgQui êtes-vous ? 

Qui suis-je ? C’est une question que je me pose tous les jours dans la mesure où je me cherche depuis bien longtemps sans jamais m’être retrouvé. Je sais seulement que je ne suis pas un être tout à fait encore accompli, après 63 ans d’existence, mais que j’ai aspiré tous ces temps à me découvrir… Pour la Savate qui est notre propos, je suis tout particulièrement conscient d’être entré dans ce milieu très tard, vraiment par hasard, après avoir été élevé dans un milieu sportif et avoir tenté en vain de briller dans beaucoup d’autres sports tout en suivant des études.

C’est en effet, au restaurant universitaire du Bd Raspail à Paris que je suis tombé sur une petite affiche annonçant l’ouverture de cours de Michel Marlière, prof d’EPS (Education Physique et Sportive) dans ces mêmes locaux universitaires, ainsi qu’à Jussieu. C’est à cet endroit même et au tout début des années 70 que ma passion pour la « Boxe française » (on n’osait plus dire Savate en ce temps) a germé. Je peux dire ainsi que la Savate a été un des éléments fondateurs de ma vie.


Comment vous êtes-vous retrouvé engagé dans la Savate ?

« Engagé » est le terme adéquat car, dès cet instant, je me suis plongé dans la pratique de la Savate, non seulement en tant que pratiquant d’un sport, mais aussi en y adhérant corps et âme. Je ne suis jamais allé bien loin dans les compétitions, mon plus grand titre de gloire ayant été une ‘médiocre’ victoire en championnats universitaires. Parallèlement, je ‘rentrai’ très tôt à la Fédération française (à l’époque affiliée à la Fédération française de Judo et des sports associés), pratiquais la Canne, et enseignais très vite les deux disciplines, bien avant de devenir Gant d’Argent, puis Moniteur et ensuite Professeur et ‘militant’ en tout genre : j’avais notamment monté un journal bimestriel, « Le Petit Boxeur Français Illustré », dont j’étais rédacteur en chef (Frédéric Aymard en était le Directeur de Publication), sous le haut patronage du Comte Pierre Baruzy et sous la protection de tous les ténors de l’époque, Bernard Plasait, Marc Kunstlé, Bob Alix, ainsi que l’adhésion de formidables champions comme Guillaume, Paturel, Charmillon, Augais et ensuite bien sûr Richard Sylla !… Pardon pour ceux que j’oublie, mais que je n’admirais pas moins !


La Savate est-elle votre métier ou votre passion ?

J’ai envisagé d’en faire une activité importante et je ne crains pas de dire que ça m'a permis de financer une partie de mes études, alors que j’étais déjà deux fois père de famille (j’ai eu cinq enfants qui ont tous fait de la Savate et dont un était champion de Belgique ‘Combat’ l’an dernier). J’enseignais à la Cité universitaire d’Antony (Croix de Berny), à Cachan et rue de Chazelle à Paris dans la salle du Stade Français.  Quelques années après être entré dans la vie professionnelle, j’ai repris l’enseignement de la Savate, en plus de mon métier à Tours, où j’ai organisé de grands tournois internationaux de Savate (avec mes amis et élèves Robert Mander et Jean-Luc Stiévenard), qui m’ont coûté beaucoup d’argent malgré des salles de 3000 places pleines à craquer.


Que pensez-vous avoir achevé dans la Savate ?

Je comprends bien le sens de votre question mais l’anglicisme commis pour le mot ‘achevé’ me conduit à répondre que je n’ai jamais rien ‘achevé’, pas même mes adversaires les plus dociles. Pour mieux répondre concrètement au fond de votre question, j’ai réussi quelques réalisations, dont la plus glorieuse a été la création de la Fédération internationale de Savate en 1985 sous la présidence d’honneur du Comte Pierre Baruzy et à l’instigation du président de la Fédération française de BF Savate, Pierre Gayraud. J’étais alors vice-président ‘International’ de cette Fédération française et nous avions, avec toute une équipe de camarades et collègues, entrepris avec succès cette formidable aventure en compagnie d’une poignée d’autres pays. J’ai récemment lu qu’il y avait dix autres pays adhérents, parmi lesquels je me souviens avoir compté la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, la Yougoslavie, le Sénégal... J’ai présidé cette Fédération internationale pendant trois ans, mais ai dû interrompre brusquement mon mandat à la suite d’une orientation nouvelle de ma carrière professionnelle sur l’Afrique au Rwanda. J’avais cependant dans ce court laps de temps mené des missions importantes dans de nombreux pays, parmi lesquels surtout j’aime à citer les Etats-Unis. J’y suis allé plusieurs fois, accompagné souvent d’officiels tels que Michel Roger par exemple, mais aussi des champions, garçons et filles, dont beaucoup ont marqué de leur sceau la Savate internationale, comme Gilles Le Duigou, actuel président de la Fédération Internationale de Savate, ou Hubert Abella, DTN adjoint qui m’accompagnait le mois dernier dans notre mission Chine.


Quel est votre rôle aujourd’hui dans la Savate ?

Je ne suis revenu à la Savate que comme spectateur et supporter de mon fils Benoît, mais un concours de circonstances m’a permis d’y replonger avec des responsabilités provisoires. Il y a eu coup sur coup cette année l’invitation à participer à la démarche d’une forte délégation de la FIS pour la reconnaissance auprès du CIO (rencontre de Jacques Rogge) à Lausanne. Mes pairs m’avaient gentiment associé à cette démarche en tant que past-président et je leur en suis infiniment reconnaissant. Dans la foulée, on a envisagé de présenter une candidature de la Savate en tant que Sport de combat de démonstration aux premiers Championnats du monde des sports de combat à Pékin, du 28 août au 5 septembre 2010. L’admission en dernière minute de la Savate à ces Championnats de SportAccord de concert avec les autorités officielles chinoises n’a pas été des plus évidentes. Vous pouvez vous imaginer combien il a fallu argumenter, démarcher, supplier, pour obtenir cette place !


Que pensez-vous du développement international de la Savate ?

Je réponds tout de suite que je suis admiratif et, pourquoi pas, reconnaissant aux présidents qui m’ont succédé, Alain Salomon, Michel Roger, Alexandre Walnier, Jean Houel, mais surtout vis-à-vis du président actuel, mon ami Gilles Le Duigou, pour le travail accompli et les résultats atteints. Passer de onze pays (y en avait-il autant d’ailleurs ?) à soixante-six pays affiliés est déjà extraordinaire. Etre capable d’organiser des compétitions internationales chaque année dans les trois disciplines, Assauts, Combats et Canne, pour les athlètes masculins comme pour les féminines, de même que pour les scolaires et les universitaires dans toutes les catégories de poids, me laissent carrément admiratif.


Quelles sont vos intentions/idées futures pour la Savate?

Evidemment, parce que je ne peux pas terminer cette interview sans expliquer ce pourquoi je suis revenu à la Savate et ce qui me motive encore dans la reprise de cette aventure, je rappellerai d’abord ma solidarité avec tous ceux qui apprécient nos valeurs et ont goûté aux joies de notre convivialité sportive.

La mission que j’ai conduite à Pékin ce dernier mois avec Joël Dhumez, Vice-Président de la Fédération française, et de quelques autres (excusez du peu) fédérations confédérale et internationale, avec Hubert Abella, DTN adjoint et les quatre formidables athlètes de la Savate (Mike Lambret, Tony Ancelin, Christelle Lambret, Cindy Demarle), participait de cette logique de conquête de l’international par la Savate.

Deux volontés très précises ont animé l’équipe qui s’est rendue à Pékin à l’occasion de ces Jeux mondiaux. Nous nous étions en effet assigné avec le président Gilles Le Duigou et avec l’aide précieuse en matière de communication de Julie Gabriel, deux principaux objectifs, à savoir :

. d'une part la reconnaissance formelle et à part entière de notre sport Savate dans le concert de SportAccord, et

. d'autre part l'introduction de la Savate en Chine, c'est-à-dire dans la plus grande nation sportive du monde depuis les Olympiades de 2008.

Nous pouvons considérer que ces objectifs aujourd’hui sont en bonne voie d’être atteints. Ils ont été du moins amorcés et il reste à les confirmer, les transformer comme on dit en rugby, sans se satisfaire de ces simples portes entr'ouvertes.

A Pékin, avant la cérémonie de clôture des Jeux, le président de SportAccord en personne, M. Hein Verbruggen, accordait à toute la délégation de la Savate, un entretien au cours duquel il confirmait la participation de notre Sport aux prochains Jeux. Le soir même, nous étions invités à la Cérémonie de Clôture des Jeux et nous avons reçu avec des mots de bienvenue et d’encouragement les témoignages de sympathie de tous les membres officiels de SportAccord Combat Games.

Les réseaux des Centres Culturels Français et des Alliances Françaises en Chine (une quinzaine), par le biais des services culturels de l’ambassade de France à Pékin, avertis par la livraison préalable de documentations (à caractère historique et culturel), devraient être informé et sensibilisé à la suite de notre entretien avec la direction du Centre culturel français de Pékin, au cours duquel a été évoquée avec toute notre délégation l’opportunité de dispenser des cours de Savate.

Du côté des Chinois, les liens ont commencé d’être tissés, en commençant par le très officiel Beijing Sports Competitions Administration Center, dont le Directeur, M. Sean HAI (HAI Si Wen) nous a promis de nous faire bénéficier de son meilleur soutien pour de prochains projets d’implantation ou de rapprochement avec les instances officielles du sport chinois.

Par ailleurs, un organe du système privé du sport en Chine a été entrepris de façon très prometteuse avec notamment le projet de coopération en l’instance de la Beijing Bokesen Sport Culture Development Co. Ltd. Cette société, en lien avec la télévision chinoise CCTV et, de surcroît l’appui des autorités publiques chinoises, a proposé au cours de la rencontre de notre délégation avec sa présidente, Mme LIU XiaoHong, et son manager, M. ZHOU Jianjun, de préparer des accords de coopération devant déboucher très rapidement sur des participations de Savate dans leurs championnats nationaux et internationaux qu’ils organisent avec la proposition de lancer des séminaires de sensibilisation et de formation à la Savate. Nous ne sommes évidemment qu’aux prémices d’une telle coopération, mais toute cette démarche témoigne de notre volonté de gagner à notre cause cette grande nation sportive qu’est la Chine.  Toute cette histoire de rencontre des cultures est ambitieuse et suffit à apporter une conclusion provisoire sur le futur de la Savate… histoire pour laquelle j’aimerais jouer un rôle.

jmr_3.jpg
jmr_1.jpg
jmr_2.jpg